Claudel

Maison Claudel : entreprenante et novatrice

 

L'histoire de la maison Claudel est un peu atypique dans le paysage des grandes maisons du camembert. Elle naît en premier lieu un peu plus tard que les autres sociétés et elle se situe géographiquement un peu à l'écart du pays d'Auge, berceau originel de cette production.

Étiquette de petit camembert Claudel

 

La maison Claudel est en grande partie la réussite d'un homme, Henri Claudel son fondateur (réussite à laquelle il convient d'associer largement son épouse). En 1900, on trouve trace de lui en Haute-Saône où alors qu'il n'est alors âgé que de 16 ans il est déjà responsable d'une laiterie. Après avoir effectué son service militaire, il est embauché par les laiteries Maggi, qui le nomment inspecteur en charge des installations parisiennes de cette société. Il devient ensuite directeur de la laiterie de Rouville-la-Bigot dans le département de la Manche.

Bref alors qu'il n'a pas encore 30 ans, Henri Claudel apparaît déjà comme un grand professionnel de l'industrie laitière nanti d'une forte expérience. C'est en 1912, que persuadé qu'il existe une place pour une nouvelle laiterie dans la Manche, qu'il rachète un vieux moulin à Pont-Hébert sur la Vire, moulin qu'il reconvertit promptement en fromagerie. Très vite, il s'assure une collecte de lait importante et investit massivement dans du matériel moderne qu'il a pu expérimenter lors de ses précédentes expériences.

La jeune exploitation semble prometteuse mais elle va être mise à mal par l'histoire en rencontrant la guerre de 1914-1918. Henri est mobilisé et c'est son épouse qui maintiendra à flot l'entreprise pendant les cinq années que durera sa mobilisation. Heureusement pour eux, Henri reviendra en bonne santé et les affaires reprendront de plus belle dès son retour. Dès 1919, il rachète la fromagerie de Remilly-sur-Lozon; quatre ans en plus tard c'est au tour de la fromagerie de Pont-Tardif, et enfin en 1929 c'est la fromagerie de Saint-Martin-d'Elle qui est intégrée à la société Claudel.

En même temps, Henri Claudel diversifie sa production et outre les camemberts il produit aussi des Saint-Paulin à partir des années 30. Comme beaucoup de laiteries il installe un comptoir à Paris pour faciliter la vente de sa production en 1932 (produits qui recevront un franc succès). La même année il rachète la fromagerie de Carentilly et entame de nouvelles diversifications dans le fromage frais et la crème. En 1937, la société, toujours conquérante, acquiert la distillerie de la Meauffe qui est-elle aussi reconvertie en fromagerie. Un centre de collecte du lait pour l'ensemble du groupe est alors créé à Coutances.

Étiquette de camembert Claudel
Étiquette de camembert Claudel

 

Ce sera la seconde guerre mondiale qui freinera encore la croissance de la société, en détruisant ou désorganisant une partie de son organisation. La croissance reprendra cependant dans les années cinquante par le rachat de deux nouvelles laiteries dans l'Orne et en Mayenne. Cependant les premiers signes de faiblesse semblent se manifester dès les années 40 puis surtout dans les années 50. Henri Claudel qui devient âgé à de plus en plus de mal à gérer de front les nombreuses laiteries et surtout à le faire le plus efficacement possible. C'est à ce moment que la société suisse Oursina reprend en partie son activité, et ayant acheté dans le même temps les sociétés laiteries " Mont-Blanc " et le lait Guigoz, elle réorganisera les sites de production de Claudel. La société Claudel perd ainsi une partie de son indépendance mais la marque et la qualité des produits semblent se maintenir tout en profitant de la modernisation d'une partie de son outil de production.

En 1970, c'est au tour d'Oursina d'être racheté par le groupe Nestlé, qui a son tour va réorganiser la production de produits laitiers dans la région et va curieusement associer la marque Claudel à un groupe de l'est de la France : Roustang. Peu de temps après cette seconde réorganisation Henri Claudel décède le 30 octobre 1971.

Étiquette demi-camembert Claudel

 

Son entreprise lui survivra encore un peu en devenant plus tard l'enjeu de nouvelles tractations entre Besnier et Nestlé, qui finiront par se partager la société, réorganiseront et fermeront la plupart des sites de production.

 

 

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