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 Les grands noms du camembert en Normandie I (Abaye à Claudel)

Etiquettes de grandes marques

 

Si le camembert est devenu un emblème national il le doit curieusement à une poignée d'hommes et de femmes entreprenants, qui ont su constituer de vastes "empires" fromagers et se lancer à la conquête de nouveaux marchés, d'abord nationaux puis internationaux. C'est ces quelques hommes et les marques qu'ils représentent qui ont entraîné toute l'industrie laitière normande dans leurs sillages vers une reconnaissance mondiale.

Nous allons ici retracer le destin de quelques marques parmi les plus connues ou les plus représentatives du genre. Pour diverses raisons, les marques citées sont souvent précédées du terme "maison", c'est juste une convention qui permet d'éviter de nous égarer dans les diverses raisons sociales qu'elles ont pu avoir au cours du temps. Cela permet surtout de mettre en relief le fait que ces sociétés ont souvent été des aventures humaines (personnelles ou familiales) et que les grandes réussites doivent beaucoup à quelques personnalités. Belles histoires qui finissent parfois tristement à cause des faiblesses de cette même organisation...

Abaye | Bisson | Buquet-Serey | Claudel

 

 

Léonce Abaye : la deuxième vie glorieuse d'un entrepreneur

Le Royal Camenbert de Léonce Abaye (1888)
Le Royal Camenbert de Léonce Abaye (1888)

 

Léonce Abaye a sans doute le parcours le plus atypique et le plus original des producteurs de camemberts. Si son parcours fut relativement bref, sa présence a été marquante dans l'histoire fromagère de la région, tant par son efficacité et les méthodes qu'il a employées, que par la dimension humaine du personnage.

Léonce Abaye naît à Pont-Audemer en 1820, sur ses jeunes années on sait peu de chose, si ce n'est qu'une fois ses études terminées, il décide de partir dans le Nord pour y tenter sa chance dans le commerce du drap. On retrouve sa trace plus tard à Roubaix où il est devenu l'un des plus grands producteurs et vendeurs de draps de la région.

En 1879 à 59 ans, il décide, fortune faite, de rentrer au pays. Il achète le domaine du Tremblay à Goulafrière, domaine qui comporte un château et surtout de nombreuses dépendances et terrains. Assez vite, par le rachat successif de nombreuses terres, il se retrouve à la tête d'un large domaine qui le pousse à s'intéresser à l'industrie laitière.

Très vite, il va imposer deux idées fortes : la mécanisation et l'industrialisation de la production fromagère. En effet, à cette époque l'industrie textile était très en pointe dans le domaine de l'automatisation, Léonce Abaye qui connaît très bien ce domaine va donc imposer ces nouvelles techniques dans un milieu encore un peu réticent. Ensuite, même s'il est lui-même propriétaire de fermes, il va imposer l'idée que la production de lait, et celle du fromage peuvent être confiées à deux personnes différentes. Cette idée ainsi que les tarifs pratiqués pour l'achat du lait vont s'imposer assez vite surtout auprès de petits producteurs peu enclins à investir lourdement dans la production de fromages.

En peu de temps et à un âge pourtant avancé, il se retrouve à la tête d'une entreprise florissante, nanti d'une réputation flatteuse de compétence. Sa réputation croit avec la taille de sa société qui s'adjoint au cours du temps trois nouvelles laiteries à Notre-Dame-du-Hamel, à Saint-Evroult et finalement à Sainte-Gauburge.

De plus, associé à Edouard Fournier il participe à la création de la société Lanquetot, dont la fondatrice est l'une de ses anciennes employées. Qui plus est, Léonce Abaye non content de son succès dans la production de camembert étend son empire naissant vers les industries connexes. C'est ainsi qu'il acquiert deux scieries qui lui serviront à produire les boîtes et emballages de ses produits. En 1909, il est tout naturellement associé à la création du syndicat de défense des producteurs de camembert.

En 1913, Léonce Abaye décède à l'âge de 93 ans alors que sa société atteint son apogée et traite plus de 40 000 litres de lait par jour. Sa société sera partagée entre ses enfants, souffrira de la première guerre mondiale et périclitera dans l'entre-deux guerres.

Abaye | Bisson | Buquet-Serey | Claudel

 


 

Maison Bisson : le maître de Livarot.

La maison Bisson est fondée en 1874 par Désiré Bisson dans le village de Quévru près de Livarot au coeur du pays d'Auge. Très vite ses produits obtiennent une bonne réputation, et sa renommée s'accompagne assez vite d'une réussite industrielle. Il acquiert à cette époque un terrain sur la commune de Livarot qui lui sert de centre de tri pour la collecte de lait.

Mur décoré de l'ancienne usine Bisson à Livarot
Mur décoré de l'ancienne usine Bisson à Livarot

Le fils de Désiré, Georges Bisson entre dans la société pour ses dix-huit ans en 1892. Devant le succès croissant le père et le fils constatent que le site de Quévru ne suffit plus à lui seul à la production. Ils décident alors de reconvertir le site de Livarot en une usine moderne. La construction de cet ensemble commence en 1905 et la production commencera réellement sur ce site deux ans plus tard. C'est aussi à ce moment et presque paradoxalement que la production se tourne uniquement vers le camembert plus rémunérateur et oublie le livarot.

La société survivra sans trop de dommage à la première guerre mondiale toujours dirigé par Désiré alors que Georges est mobilisé ; chance supplémentaire celui-ci reviendra indemne et pourra reprendre dès la fin du conflit la direction de la société. C'est dans ce climat favorable de reprise et de développement que Désiré Bisson s'éteindra en 1921.

Georges Bisson a qui revient alors le titre d'entrepreneur à succès deviendra vite un notable de Livarot dont il est élu maire dans l'entre deux guerres. En 1927, Georges Bisson recevra un soutien inespéré lors du mariage de sa fille, en effet Bernard Leboucher, son beau-fils prendra peu à peu un rôle de plus en plus important dans la société et saura lui prêter son aide dans la gestion de l'entreprise. Il participera notamment à de nombreuses associations de producteurs dans le domaine laitier.

Georges Bisson décédera en 1938, juste avant la guerre que sa société passera sans trop d'encombre évitant les bombardements et les combats contrairement à certains de ses concurrents plus malchanceux. A cette occasion, c'est Bernard Leboucher qui reprend naturellement la tête de la société, bientôt secondé à son tour par son fils Philippe.

Après la guerre, la société va continuer sa route et sa croissance en rachetant notamment la SLFN et son exploitation de Bernières. Cette laiterie commercialisera ses produits à la fois sous la marque Bisson et sous la marque laiterie de Bernières. Plus tard en 1960, la société Bisson acquiert la laiterie Pottier. C'est à cette période que la production de Bisson atteint son maximum soit environ 20000 camemberts par jour.

En 1970, la société Besnier (Lactalis) reprend la société et fermera ou réorganisera la plupart des sites de production.

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Maison Buquet & Serey : un siècle de qualité

 

La maison Buquet et Serey n'est sans doute pas la plus connue des grandes marques normandes, mais elle avait la particularité d'être l'une des plus anciennes et d'avoir réussi à perdurer tout en continuant à maintenir une grande qualité dans sa production.

C'est Louis Serey qui fonde la société en 1847 à Boissey. Sa laiterie est comme beaucoup d'autres en Normandie d'abord orientée vers la production de beurre, peu à peu cependant sa production va se diversifier vers la production fromagère et en particulier la production de camembert. La légende veut que cette famille soit liée par des liens familliaux à la famille Harel (même si rien de définitif ne permet de l'affirmer actuellement).

Assez vite, et comme beaucoup, il s'aperçoit du potentiel commercial de ce produit et les revenus importants que procurent ses camemberts déjà réputés. Le succès est si grand que le camembert devient son unique production et que la fromagerie de Boissey se révèle être bien trop petite. C'est pour cela que dès les débuts du 20ème siècle une partie de la production est transférée à Chamblis dans des locaux qu'il vient de faire construire. Cette fromagerie devient le coeur de la production de telle sorte que Louis Serey finit par s'y installer personnellement en 1909.

Entre temps, la famille Serey s'est agrandie et les deux filles de Louis ont par un heureux hasard épousé les deux fils d'un certain Buquet, qui se trouve, chance supplémentaire, être un négociant en fromage originaire de Haute Normandie. Les deux frères prennent alors en charge la vie de la société et son évolution. On peut notamment citer le nom d'Henri Buquet et de son fils Paul qui furent les grands artisans du développement de la société familiale. La fromagerie passera ainsi d'une production modeste de 800 camemberts par jour dans les années 1920 à une vingtaine de tonnes de fromages dans les années 1960.

En 1925, la vieille fromagerie de Boissey est fermée à cause de sa vétusté et remplacée par une nouvelle ultramoderne construite à Miltois. La fromagerie de Chamblois sera-elle peu à peu orientée vers une double production: camembert et lait en poudre.

En 1973, la production de la société atteint les 50 000 camemberts par jour au moment où la société Besnier (Lactalis) décide de la racheter. La production est alors convertie en une production de camemberts pasteurisés ou de grandes séries avant d'être définitivement abandonnée en 1991.

 

 

 

Maison Claudel : entreprenante et novatrice

 

L'histoire de la maison Claudel est un peu atypique dans le paysage des grandes maisons du camembert. Elle naît en premier lieu un peu plus tard que les autres sociétés et elle se situe géographiquement un peu à l'écart du pays d'Auge, berceau originel de cette production.

La maison Claudel est en grande partie la réussite d'un homme, Henri Claudel son fondateur (réussite à laquelle il convient d'associer largement son épouse). En 1900, on trouve trace de lui en Haute-Saône où alors qu'il n'est alors âgé que de 16 ans il est déjà responsable d'une laiterie. Après avoir effectué son service militaire, il est embauché par les laiteries Maggi, qui le nomment inspecteur en charge des installations parisiennes de cette société. Il devient ensuite directeur de la laiterie de Rouville-la-Bigot dans le département de la Manche.

Bref alors qu'il n'a pas encore 30 ans, Henri Claudel apparaît déjà comme un grand professionnel de l'industrie laitière nanti d'une forte expérience. C'est en 1912, que persuadé qu'il existe une place pour une nouvelle laiterie dans la Manche, qu'il rachète un vieux moulin à Pont-Hébert sur la Vire, moulin qu'il reconvertit promptement en fromagerie. Très vite, il s'assure une collecte de lait importante et investit massivement dans du matériel moderne qu'il a pu expérimenter lors de ses précédentes expériences.

La jeune exploitation semble prometteuse mais elle va être mise à mal par l'histoire en rencontrant la guerre de 1914-1918. Henri est mobilisé et c'est son épouse qui maintiendra à flot l'entreprise pendant les cinq années que durera sa mobilisation. Heureusement pour eux, Henri reviendra en bonne santé et les affaires reprendront de plus belle dès son retour. Dès 1919, il rachète la fromagerie de Remilly-sur-Lozon; quatre ans en plus tard c'est au tour de la fromagerie de Pont-Tardif, et enfin en 1929 c'est la fromagerie de Saint-Martin-d'Elle qui est intégrée à la société Claudel.

En même temps, Henri Claudel diversifie sa production et outre les camemberts il produit aussi des Saint-Paulin à partir des années 30. Comme beaucoup de laiteries il installe un comptoir à Paris pour faciliter la vente de sa production en 1932 (produits qui recevront un franc succès). La même année il rachète la fromagerie de Carentilly et entame de nouvelles diversifications dans le fromage frais et la crème. En 1937, la société, toujours conquérante, acquiert la distillerie de la Meauffe qui est-elle aussi reconvertie en fromagerie. Un centre de collecte du lait pour l'ensemble du groupe est alors créé à Coutances.

Ce sera la seconde guerre mondiale qui freinera encore la croissance de la société, en détruisant ou désorganisant une partie de son organisation. La croissance reprendra cependant dans les années cinquante par le rachat de deux nouvelles laiteries dans l'Orne et en Mayenne. Cependant les premiers signes de faiblesse semblent se manifester dès les années 40 puis surtout dans les années 50. Henri Claudel qui devient âgé à de plus en plus de mal à gérer de front les nombreuses laiteries et surtout à le faire le plus efficacement possible. C'est à ce moment que la société suisse Oursina reprend en partie son activité, et ayant acheté dans le même temps les sociétés laiteries " Mont-Blanc " et le lait Guigoz, elle réorganisera les sites de production de Claudel. La société Claudel perd ainsi une partie de son indépendance mais la marque et la qualité des produits semblent se maintenir tout en profitant de la modernisation d'une partie de son outil de production.

En 1970, c'est au tour d'Oursina d'être racheté par le groupe Nestlé, qui a son tour va réorganiser la production de produits laitiers dans la région et va curieusement associer la marque Claudel à un groupe de l'est de la France : Roustang. Peu de temps après cette seconde réorganisation Henri Claudel décède le 30 octobre 1971.

Son entreprise lui survivra encore un peu en devenant plus tard l'enjeu de nouvelles tractations entre Besnier et Nestlé, qui finiront par se partager la société, réorganiseront et fermeront la plupart des sites de production.

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