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Les grands noms du camembert en Normandie II (Gillot à Lanquetot)

Si le camembert est devenu un emblème national il le doit curieusement à une poignée d'hommes et de femmes entreprenants, qui ont su constituer de vastes "empires" fromagers et se lancer à la conquête de nouveaux marchés, d'abord nationaux puis internationaux. C'est ces quelques hommes et les marques qu'ils représentent qui ont entraîné toute l'industrie laitière normande dans leurs sillages vers une reconnaissance mondiale.
Nous allons ici retracer le destin de quelques marques parmi les plus connues ou les plus représentatives du genre. Pour diverses raisons, les marques citées sont souvent précédées du terme "maison", c'est juste une convention qui permet d'éviter de nous égarer dans les diverses raisons sociales qu'elles ont pu avoir au cours du temps. Cela permet surtout de mettre en relief le fait que ces sociétés aient souvent été des aventures humaines (personnelles ou familiales) et que les grandes réussites doivent beaucoup à quelques personnalités. Belles histoires qui finissent parfois tristement à cause des faiblesses de cette même organisation...
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Maison Gillot : le plus grand des producteurs traditionnels
Si la maison Gillot paraît aujourd'hui bien installée dans le paysage normand il n'en a pas toujours été ainsi, et la description les premières années de la laiterie de Saint-Hilaire de Briouze tient plus souvent du roman et parfois de la tragédie que de la "success story".
C'est monsieur et madame Dugrais qui implantent les premiers une laiterie
à Saint-Hilaire de Briouze qu'ils orientent tout de suite vers la production
de Camembert. Malheureusement le décès du fondateur lors de la première guerre
mondiale va contraindre sa veuve à se séparer de son entreprise. En 1919,
c'est donc un certain monsieur Lebosseur qui s'installe à Saint Hilaire de
Briouze et qui va pendant plus de cinq ans agrandir et moderniser l'outil
de production.
A son tour, il décide de revendre l'entreprise et c'est monsieur et madame
Lointier qui reprennent les rennes de la société. Si la qualité du camembert
est sans reproche, en atteste les récompenses, la gestion ne suit pas et en
1928 la société dépose son bilan.
Monsieur Cardinal reprend l'activité en 1930, pour la revendre à peine deux
ans plus tard à messieurs Botreau et Réaux. Ce dernier étant surtout occupé
à la bonne marche de son usine de Lessay c'est monsieur Botreau aidé de son
directeur d'usine qui seront les responsables de la destinée de la société.
Cependant en 1938, même si la société semble sur la voie du succès, monsieur
Botreau, usé par les problèmes financiers de sa société doit peu à peu céder
ses parts à un nouvel arrivant monsieur Jacques Gillot, qui va enfin mettre
fin à la valse des propriétaires.
L'arrivée de monsieur Gillot a été favorisée par trois choses. En premier sa formation à Beauvais, ensuite le fait que son père se soit déjà impliqué financièrement dans la société et finalement le soutien important de Théodore Réaux, qui va pousser le jeune homme à reprendre à son compte l'activité de la société.
Cependant même si la société est enfin stabilisée elle va encore connaître bien des tourments notamment lors de la seconde guerre mondiale, puisque ses dirigeants seront d'abord mobilisés puis à peine de retour en 1940 ils devront faire face aux difficultés d'approvisionnement. Après la guerre, la laiterie ne produit plus que 2500 camemberts par jour. La libération sera en fait la première période de calme pour la société qui devra néanmoins batailler ferme pour augmenter son rayon de collecte du lait, et assurer ainsi sa croissance.
En 1962, Jacques Gillot va plus loin et fonde la société Bolaidor, société qui associe divers autres petits producteurs de l'Orne (Vallée, Levasseur, Rigaud...) et qui va leur permettre de retraiter leurs excédents et sous produits (lait écrémé, babeurre, et crème). Basée à côté du site de la société Gillot, elle va connaître un grand succès et faire bâtir une première tour de séchage en 1967 et qui sera doublée en 1993.
C'est cette utilisation optimale du lait qui va notamment permettre à Gillot de se développer en lui permettant de maintenir une activité de qualité et en gardant une rentabilité financière. A la fin des années 1980, c'est ce même souci qui poussera les dirigeants de Gillot à faire construire une caséïnerie qui tournera jusque dans les années 90 et l'établissement des quotas laitiers. Entre temps en 1969, le fils de monsieur Jacques Gillot, Bertrand Gillot a fait ses premières armes dans la société et à peu à peu repris la direction de la société.
En 1972, la société maintenant bien lancée reprend les activités de la laiterie de la Morette et agrandit ses locaux pour augmenter sa production. Ce site sert aussi à la diversification puisque outre le camembert traditionnel on produira aussi des camemberts pasteurisés et du beurre. 12 ans plus tard la diversification se poursuivra puisque Gillot se placera aussi sur le créneau du Pont-L'évèque.
Depuis 1990, outre la modernisation de l'outil de production, la société met en avant son savoir-faire dans la production de camembert traditionnel au lait cru et moulé à la louche. Elle milite aussi activement pour la reconnaissance de sa qualité et pour garder à la fabrication du camembert toute son authenticité. Cela passe par un combat pour préserver le moulage manuel à la louche et surtout pour continuer la fabrication au lait cru sans lui faire subir diverses opérations avant de l'utiliser.
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Ferme de la Héronnière - Durand

Étiquette la Héronnière
La ferme de la Héronnière, est la marque commerciale de la GAEC Durand, qui bénéficie du redoutable avantage d'être le dernier producteur de Camembert, installé dans le village de Camembert.
Mieux encore il est le dernier producteur de camembert fermier ayant l'AOC camembert de Normandie; ce qui signifie qu'outre le fait de fabriquer le camembert en respectant les règles définies par l'appellation d'origine, il est aussi le producteur du lait qui sert à cette fabrication.
Voilà donc en quelque sorte et à plus d'un titre l'héritier d'une certaine tradition fromagère normande, faite de producteurs de lait se lançant dans la production fromagère.
Un exemple dont on peut espérer qu'il fera des émules ne serait ce que pour préserver les techniques, les savoirs mais aussi le goût original des fromages.
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Isigny Sainte-Mère: du bon beurre à la diversification et à la mécanisation
La région d'Isigny est déjà en elle-même une victoire
des hommes sur la terre puisque cette région a été gagnée
sur la terre et la mer au cours des siècles et que c'est sous l'action
de l'homme qu'elle a acquis ses qualités et sa renommée.
Dès le 17ème siècle, la région d'Isigny est déjà
réputée pour la qualité de son beurre, mai c'est au cours
du XIX ème siècle que cette activité va réellement
prendre son essor, notamment dans les années 1880 lorsqu'une crise
céréalière touche la région. A ce moment de nombreux
producteurs vont se tourner vers l'élevage et chercher à produire
des biens à plus forte valeur ajoutée. C'est la production de
beurre qui représente à l'époque le meilleur choix et
qui va être la première à bénéficier des
améliorations techniques de l'époque et des nouvelles méthodes
de gestion.
A la fin du XIXème et au début du XXème siècle,
le beurre d'Isigny se vend au Brésil, en Angleterre, aux Etats Unis
et aux quatre coins de France, mais certains vendeurs peu scrupuleux tendent
à nuire au terroir à cause de pratique délictueuse. Pour
la première fois les producteurs de la région vont réfléchir
aux moyens de s'unir pour préserver leur marché et cela conduira
notamment à la création de la célèbre marque Dupont
(d'Isigny).
L'histoire qui nous intéresse débute pour les mêmes raisons
un peu plus tard à la fin des années 20, où le monde
agricole est encore durement touché dans la région. L'idéal
coopératif resurgit et en 1930 Alfred Marie réunit des producteurs
de la région pour présenter un projet de coopérative.
Le 12 février 1930, le syndicat de producteurs de beurres et crèmes
d'Isigny est ainsi fondé... pour aller plus loin les 42 premiers membres
se font aussi transformateurs et fondent en avril 1931 la Laiterie Coopérative
des producteurs de beurre et crème d'Isigny. Ces producteurs mettent
peu à peu au point un complexe système de parts permettant de
gérer l'activité.
En 1932, la laiterie en elle-même est construite à Osmonville
(à l'entrée d'Isigny). Les premières années se
révèlent difficiles et la coopérative passe près
de la faillite. En 1933, on décide de reprendre les choses en mains
et la coopérative va se diversifier vers la crème fraîche,
les petits suisses et le camembert. Pour le camembert, les premiers temps
furent eux aussi difficiles. En effet, le processus de fabrication est long
à maîtriser et la coopérative souffre de la présence
de la mer qui génère une trop grande humidité dans ses
hâloirs.
Il faudra attendre1937 et de nouveaux locaux pour que la production de camemberts
devienne pleinement fiable et que le camembert commence à représenter
une part importante des revenus de la coopérative. A cette occasion
ils en profiteront pour se diversifier encore plus en proposant des neufchâtels
et des salés.
Entre temps la coopérative a aussi innover en proposant une double
collecte journalière du lait en été, ce qui permettra
d'améliorer la qualité du lait qui ne sera plus conservé
dans de mauvaises conditions dans les fermes.
En 1935, ils inventent le marketing auprès des fromagers en créant
le fameux rallye des fromagers ou des distributeurs des produits sont invités
à venir vérifier in situ la qualité du terroir.
A la veille de la seconde guerre mondiale, la coopérative gère
déjà plus de 20 000 litres de lait.
Durant le conflit, la coopérative est réquisitionnée
et placée sous le contrôle de la corporation paysanne un organisme
voulu par Vichy et qui tendra à une concentration de la production...
Cependant la production devient difficile et elle se complique à cause
du marché noir sur les produits laitiers.
Une fois de plus c'est le camembert qui va sauver la coopérative, puisqu'elle
lance durant la guerre des camemberts "affinés" et même
des camemberts allégés pour tourner les lois sur le rationnement.
En 1944, le débarquement met à mal l'infrastructure de la coopérative
et une partie de son stock est détruite. Cependant forte de son expérience,
la coopérative va repartir rapidement et séduire rapidement
de nouveaux producteurs. Dans les années 50 et 60, et malgré
sa politique de qualité, le beurre est en perte de vitesse, la coopérative
va donc se tourner vers d'autres produits comme le fromage et ce qui nous
intéresse le plus le camembert (qui devient un des fers de lance de
la marque) mais aussi vers les laits maternisés et même l'alimentation
animale. Elle continue aussi à innover en étant l'une des premières
à acquérir une tour de séchage.
Les années 60 et 70 voient aussi l'apparition d'une forte concurrence,
notamment de l'ULN (Union Laitière Normande), Besnier, Gervais, Nestlé
etc. Elle répondra à celle-ci en maintenant sa qualité
mais aussi en innovant fortement en commercialisant la première de
la chantilly sous pression. Elle s'associe aussi avec d'autres coopératives
du Bessin, association notamment personnaliser par la beurrerie Isyfrance.
En 1977, une nouvelle fromagerie est créée et l'ancien atelier
est aménagé pour la production des camemberts moulés
à la louche. A partir de 1979, notamment sous l'impulsion de Daniel
Delahaye la coopérative va fusionner avec celles de Sainte Mère-Eglise,
de Périers et de Juaye-Mondaye pour former l'UCL Isigny Sainte-Mère.
Elle va alors aussi reprendre une politique d'exportation vers les Etats-Unis
et vers la Grande Bretagne en s'associant avec le distributeur Sainsburry.
Elle collabore aussi à l'installation d'une usine au Japon.
En 1985, et les puristes lui en voudront longtemps, l'UCL met au point le
premier robot à mouler le camembert à la louche. Cette prouesse
s'inscrit dans la politique d'innovation de la coopérative qui passera
aussi par des essais d'ionisation des fromages... Le robot aura un certain
succès et divisera en même temps les producteurs. L'UCL sera
rejointe par Lanquetot et Lepetit alors que les autres producteurs resteront
sur un moulage à la louche manuel.
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Maison Lanquetot: la grande maison
La maison Lanquetot naît comme beaucoup d'autres grandes maisons du camembert à la fin du 19ème siècle. A l'origine de celle-ci, on trouve une femme Emilie Lanquetot, épouse de Louis Lanquetot, tous les deux originaires de la région d'Isigny.
Vers 1880 on sait que le couple vit à Paris, où Emilie est employée au dépôt général d'un autre géant normand: Charles Gervais. Une décennie plus tard on retrouve la trace du couple dans le pays d'Auge où Emilie est employée chez le célèbre et très puissant Léonce Abaye, grand producteur de beurre et de camembert. Elle monte peu à peu en grade dans la société et atteint le poste de "maîtresse de laiterie".
Le 15 octobre 1900, c'est le début de l'aventure Lanquetot à proprement parler puisqu'elle fonde avec l'aide de deux investisseurs (Léonce Abaye et Edouard Fournier) la société "Mme Lanquetot et Charles Lanquetot". Cette société est d'abord située à Saint-Martin-de-bienfaite et devant le succès rencontré très tôt elle ne va pas tarder à s'étendre en reprenant l'activité de la fromagerie d'Orbiquet. Son succès est réel et la maison Lanquetot s'impose comme un des grands acteurs de la production de camembert. La preuve en est, la présence de Charles et Maurice, les deux fils d'Emilie, à l'assemblée constitutive du syndicat du véritable camembert de Normandie en 1909. En 1910, Emilie reprend les activités de la laiterie de Veys et devient définitivement propriétaire de la laiterie d'Orbiquet en 1918. La société continue de croître à un rythme régulier et l'activité est séparée en deux, chaque moitié étant gérée par un des frères.
En 1932, deux événements viennent marquer l'histoire de la société, Emilie fondatrice de la société et son fils Charles décèdent. Il revient donc à Maurice Lanquetot de reprendre seul l'ensemble de l'activité du groupe, ce qu'il fera d'ailleurs avec un certain talent. Il donne assez rapidement une nouvelle impulsion à ce qui est devenu les "Etablissements Lanquetot et fils" en modernisant notamment l'outil de production et en tentant avec succès une implantation au Canada en 1937.
A son tour, il disparaîtra en 1944, la société est alors reprise par ses deux fils Pierre et Roger. Pierre Lanquetot augmentera encore la taille de la société en absorbant la laiterie Friardel à Orbec en 1952, les établissements Godefroy à la Madeleine en 1956, et la S.I.L.P.A. à la Chapelle-Yvon en 1957, cette dernière se spécialisant peu à peu dans l'exportation.
A cette époque qui est peut-être l'apogée de la marque Lanquetot les deux frères dirigent six laiteries et produisent 35000 camemberts par jour. Cependant la société va être divisée, une nouvelle fois, entre deux frères qui géreront dorénavant séparément leurs affaires.
La société "Maurice Lanquetot et fils" sera dirigé par Roger puis par son fils Jacques et s'éloignera peu à peu des productions traditionnelles de la maison en se lançant dans le camembert pasteurisé et puis dans les fromages de type "Gouda". Cette société sera peu à peu reprise par la société Bridel SA.
La société Pierre Lanquetot elle sera plus fidèle au camembert au lait cru et sera dirigée jusqu'en 1975 par son fondateur et ses descendants. La production augmentera encore et ira jusqu'à 60000 camemberts par jour sans compter le beurre.
En 1989, cette marque sera rachetée par le groupe Besnier (Lactalis), qui aura bien curieusement réuni toutes les sociétés Lanquetot via le rachat de Bridel SA.
En 2008 suite au lancement du camembert au lait thermisé, et malgré les procédures lancées par Lactalis, le camembert Lanquetot sort fort logiquement de l'appelation AOC.
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